|
Faisant suite à une analyse récente des sépultures multiples du Néolithique français par P. Chambon et J. Leclerc, l’approche proposée ici se veut formuler différemment la problématique sur le sujet et en tirer quelques conclusions, qui s’écartent en partie de celles des précédents auteurs.
Tout d’abord, prises individuellement, les sépultures multiples ne sauraient être considérées comme des structures banales : il existe de bonnes raisons de penser qu’on n’inhume dans un même espace que des personnes qui ont au moins un lien dans la mort. En ce sens, elles reflètent soit un phénomène social particulier, lorsqu’un décès est la cause des autres, soit un événement particulier, lorsque les décès ont la même cause. Point n’est besoin, cependant, d’évoquer systématiquement à leur propos des scénarios sanglants. Car si le premier cas correspond à l’accompagnement, le second s’explique par des crises de mortalité, à petite ou grande échelle, probablement le plus souvent des épidémies ou des famines, plus rarement sans doute des accidents collectifs.
Considérés dans leur ensemble, les assemblages comportant des tombes multiples peuvent être classés en deux grandes catégories selon la probabilité d’apparition de leur configuration. Dans la première, le hasard rend possible les coïncidences observées entre décès. Une partie des cimetières qui appartiennent à cette catégorie sont probablement des cimetières communautaires banals où, parfois, des événements ponctuels ont conduit à déposer deux morts ensemble. Une autre partie, les tout petits ensembles, sont d’interprétation difficile, mais pourraient faire évoquer des relégations liées aux conditions de décès. La seconde catégorie regroupe des assemblages pour lequel le seul rôle du hasard est improbable. Leur examen conduit à les scinder en deux groupes : l’un comprend des ensembles qui s’interprètent parfaitement en termes d’accompagnement et le second correspond à ceux qui ont pu être générés par des crises de mortalité.
Expliquant une partie des tombes multiples, l’accompagnement ne fait plus guère de doute dans la province funéraire des fosses circulaires. Il est également très probablement présent dans les cistes de type Chamblandes. Par contre, il est pour l’instant non détecté dans les sépultures sous tertre, ce qui pose le problème crucial de sa réelle absence ou de sa non-reconnaissance et invite à réexaminer le cas de certaines tombes à couloir.
En définitive, les sépultures multiples du Néolithique sont loin de n’être qu’une simple curiosité et leur analyse précise est un enjeu pour les années à venir. Elles donnent d’ores et déjà sujet à des interprétations paléosociologiques importantes ; mais, paradoxalement, c’est bien l’approche de certains aspects du phénomène collectif qu’elles pourraient conduire à réviser.
Following a recent analysis by P. Chambon and J. Leclerc of multiple burials from the French Neolithic, we propose in this paper to formulate these issues in a different way and to draw some conclusions which differ partly from those of these two authors.
First of all, multiple burials considered individually cannot be considered as commonplace structures; we have good reason to think that people buried in a same space have at least some relationship in death. In that sense they reflect either a particular social phenomenon, when one death has caused the others, or some particular event when the deaths have the same cause. There is no need however in these cases systematically to evoke bloody stories. For if the first case corresponds to “accompanying death”, the second can be explained by small or large-scale mortality crises, probably more often epidemics and famines, and seldom collective accidents.
Considered as a whole, assemblages containing multiple burials can be classified in two categories according to the probability of the appearance of their configuration. In the first, the coincidences noted concerning the deaths are made possible by chance. Part of the cemeteries belonging to this category may be commonplace communal ones where particular events sometimes led to burying two persons together. Another part, i.e. the very small assemblages, is difficult to interpret but could evoke a relegation linked to the circumstances of death. The second category groups assemblages for which chance alone is unlikely. Their study leads to dividing them into two groups: one with burials that can be perfectly interpreted in terms of “accompanying death”, and the other corresponding to burials that could result from mortality crises.
“Accompanying death” can explain some of the multiple burials and is certain in the funerary region of circular burial pits. Its presence in the cists of the Chamblandes type is also highly probable. On the other hand, it remains undetected in mound graves, the crucial problem being to ascertain whether it is really absent or whether it is merely unrecognised, and inciting us to re-examine the case of some corridor graves.
Neolithic multiple burials are finally far from being just a curiosity and their precise analysis is a challenge for the coming years. They already give rise to important palaeo-sociological interpretations, but paradoxically they could well lead to reviewing the approach of some aspects of the collective phenomenon.
|
|