02-2011, tome 108, no 1, p. 27-46 - Carole FRITZ et Gilles TOSELLO Un témoin privilégié de l'art paléolithique dans le Bassin parisien : le galet gravé d'Étiolles (Essonne)

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02-2011, tome 108, no 1, p. 27-46 - Carole FRITZ et Gilles TOSELLO Un témoin privilégié de l'art paléolithique dans le Bassin parisien : le galet gravé d'Étiolles (Essonne)

La découverte d’une pierre gravée sur le site magdalénien de plein air d’Étiolles (Essonne) est un fait exceptionnel, car les témoignages d’art paléolithique sont rares dans le Bassin parisien. Le bloc de calcaire dur se présente comme un gros galet (3 kilogrammes), choisi pour ses qualités propices à la gravure. Il était placé sous une dalle qui ceinturait le foyer D71-1 daté par le 14C (12315 ± 75 BP). Sur le recto, un cheval, de style très naturaliste, semble couché sur le flanc, l’oeil clos et la bouche ouverte. Deux signes en blessures marquent le corps. Ce cheval est suivi d’un humain composite de sexe féminin, qui semble le menacer. Sur le verso, on observe deux rennes et un cheval de facture plus sommaire. Les figures, notamment les chevaux, présentent des particularités graphiques dont il reste à évaluer l’importance dans l’aire magdalénienne septentrionale. En effet, il est difficile, avec deux spécimens, de parler de « style » local. La comparaison des équidés d’Étiolles avec les rares figures connues dans le Bassin parisien (Cepoy, Pincevent ou Boutigny) n’apporte pas d’élément marquant. Ces pièces montrent surtout que le cheval jouait un rôle thématique privilégié dans l’art de la fin du Paléolithique régional. La localisation du galet sur le bord d’un foyer peut indiquer une relation avec le feu, qui semble moins évidente que pour d’autres pierres gravées, notamment celles découvertes dans les sites du Sud-Ouest européen. En revanche, les éléments de comparaison sont à chercher dans l’art des provinces méridionales. Les gravures d’Étiolles apportent de nouveaux exemples d’analogies sur de longues distances, d’autant plus intéressantes qu’elles se placent à une période où l’unité symbolique du Magdalénien paraît se fissurer. En effet, autour de 12000 BP, les groupes aquitains, jusqu’alors fortement liés à leurs homologues des Pyrénées et des Cantabres, se singularisent : leurs productions symboliques (par exemple les figurations féminines stylisées) indiquent une orientation des réseaux d’échanges non plus vers le sud-ouest mais vers le nord et l’est, c’est-à-dire le Bassin parisien, les plaines de Belgique et d’Allemagne. La découverte d’Étiolles, certes isolée, serait donc l’un des derniers indices témoignant d’une persistance de ces liens ancestraux entre les groupes d’un bout à l’autre de l’aire magdalénienne. L’association de caractères humains et animaux sur la créature composite, le choix d’espèces qui constituaient le gibier de prédilection orientent l’interprétation vers la sphère de la chasse ; en paraphrasant C. Lévi-Strauss (1980, p. 93), faut-il penser que pour les hommes d’alors, le renne et le cheval « bons à manger » étaient tout aussi « bons à penser » ? The discovery of an engraved stone on the open-air Magdalenian site of Étiolles (Essonne) is an exceptional event, as there is very little evidence for Palaeolithic art in the Paris Basin. The stone is a large, hard limestone pebble (3 kg), chosen for its suitability for engraving. It had been placed beneath a slab on the edge of hearth D71-1, dated by 14C to 12,315 ± 75 BP. On the front, a horse in very naturalistic style seems to be lying on its side, the eye shut and mouth open. Two wound signs mark the body. This horse is followed by a composite human of female gender, who appears to menace it. On the back, more roughly drawn, there are two reindeer and a horse. The figures, especially the horses, show graphical particularities whose significance in the northern Magdalenian remains to be assessed. On the basis of two specimens it is difficult to evoke a local “style”. Comparison of the Étiolles equids with the rare figures known in the Paris Basin (Cepoy, Pincevent ou Boutigny) is rather inconclusive. Above all, these finds show that horses played an important thematic role in the art of the latest Palaeolithic in the region. The position of the pebble on the edge of the hearth could indicate a relationship with fire, although less clearly so than for other engraved stones, notably from sites in south-western Europe. However, comparisons can be found in the art of southern regions. The Étiolles engravings provide new examples of long-distance analogies, all the more interesting as they occur at a time when the symbolic unity of the Magdalenian is apparently breaking up. Thus at around 12,000 BP, the Aquitaine groups, previously closely linked to their counterparts in the Pyrenees and Cantabria, become more distinctive: their symbolic work (for example stylized female figures) indicates that the orientation of exchange networks shifted from the south-west to the north and east, in other words to the Paris Basin, and the plains of Belgium and Germany. So the discovery at Étiolles, though isolated, could be one of the last signs of the persistence of ancestral links between groups throughout the Magdalenian zone. The graphical symbiosis of human and animal features in the composite creature, together with the choice of prefered game species, guide interpretation towards the sphere of hunting. Paraphrasing C. Lévi-Strauss (1980, p. 93), should one consider that for these men of the past reindeer and horse were not only “good to eat” but also “good to think”?

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